Dans une succession, la soulte est la somme qu’un héritier verse à ses cohéritiers lorsqu’il reçoit, au partage, un lot d’une valeur supérieure à ses droits, le plus souvent la maison familiale. Selon justice.fr, les lots peuvent être de valeur inégale à condition de verser cette compensation en argent, et le notaire est obligatoire dès que la succession comporte un bien immobilier. Encore faut-il que tous s’accordent et que l’héritier puisse payer : à défaut, on bascule dans une indivision successorale bloquée.
En bref
- La soulte compense, entre héritiers, l’écart entre la valeur du lot reçu par l’un d’eux et la valeur de ses droits.
- Elle se calcule sur l’ensemble de la succession, dettes déduites, et non sur la seule maison que garde l’un des héritiers.
- Entre héritiers, la soulte ne supporte pas de droit de vente : seul un droit de partage de 2,5 % est dû, selon l’administration fiscale.
- Sans accord ni financement, les héritiers restent en indivision, vendent le bien ou demandent un partage judiciaire.
Pourquoi une soulte apparaît dans une succession
Au décès, les héritiers deviennent ensemble propriétaires des biens du défunt : c’est l’indivision. Pour en sortir, ils procèdent au partage. Selon service-public.fr et justice.fr, les héritiers composent des lots correspondant aux droits de chacun, puis se les répartissent d’un commun accord ou par tirage au sort.
Une maison ne se coupe pas en deux ni en trois. Si l’un des héritiers la reçoit et qu’elle vaut plus que sa part, il indemnise les autres par une soulte. La méthode générale de calcul est détaillée dans notre page soulte : définition et calcul ; elle s’applique ici à l’échelle de toute la succession.
Partage amiable ou judiciaire
- Le partage amiable suppose en principe l’accord de tous les héritiers. Il peut être total ou partiel. Si un héritier refuse d’y participer, les autres peuvent, par acte de commissaire de justice, exiger qu’il désigne une personne pour le représenter.
- Le partage judiciaire est demandé au tribunal judiciaire du lieu d’ouverture de la succession lorsque l’accord est impossible ; justice.fr signale qu’il faut alors payer des frais d’avocat et de justice. Selon service-public.fr, une loi récente modifie cette procédure et un décret doit en préciser les règles.
Personne n’est tenu d’attendre indéfiniment : service-public.fr indique qu’un indivisaire peut demander le partage de tout ou partie des biens, sauf jugement ou convention contraire.
Calculer la soulte entre héritiers
Le calcul se fait en trois temps, avec le notaire chargé de la succession :
- Chiffrer la masse à partager : tous les biens (maison, comptes, placements, véhicules), dettes déduites.
- Déterminer les droits de chacun selon la loi, le testament éventuel et les donations reçues.
- Comparer la valeur du lot attribué à chaque héritier à la valeur de ses droits : celui qui reçoit plus verse la différence.
Les donations faites de son vivant par le défunt peuvent compter. Pour le rapport d’une donation, notaires.fr indique, en citant l’article 860 du Code civil, que la valeur retenue est celle du bien à l’époque du partage, d’après son état au jour de la donation. Une donation ancienne peut donc peser lourd dans le calcul ; voyez les effets d’une donation simple.
La valeur des biens est celle dont conviennent les héritiers, éclairés par des estimations ou une expertise. Notaires.fr signale qu’un désaccord sérieux sur la composition des lots ou sur leur évaluation conduit devant le juge, avec des délais et des frais supplémentaires.
Exemple fictif : deux enfants, une maison et un compte
La succession comprend une maison de 400 000 € et un compte de 80 000 €, sans dette. Les deux enfants héritent à parts égales : la masse est de 480 000 €, chacun a droit à 240 000 €. Paul garde la maison, qui excède sa part de 160 000 €. Sa sœur reçoit le compte de 80 000 € et une soulte de 160 000 €, soit ses 240 000 €. Sans le compte, la soulte serait de 200 000 €.
Exemple fictif : trois enfants, la maison pour seul bien
La maison vaut 360 000 € et chaque enfant a droit au tiers, soit 120 000 €. Celui qui la garde doit 240 000 € à ses frère et sœur, les deux tiers de la valeur. Plus les héritiers sont nombreux, plus la soulte se rapproche de la valeur entière du bien.
Payer la soulte : attribution préférentielle et financement
L’attribution préférentielle
Selon service-public.fr, certains héritiers peuvent demander à se voir attribuer en priorité certains biens du défunt, notamment le logement, un véhicule ou une entreprise. Pour le logement, le conjoint survivant doit en être copropriétaire, y avoir habité au moment du décès et continuer d’y résider. En partage judiciaire, le juge décide au cas par cas. L’attribution donne une priorité sur le bien. La règle générale du partage reste celle de justice.fr : des lots de valeur inégale supposent une compensation en argent, que le notaire chiffre.
Réunir la somme
- Un crédit immobilier, sous réserve de l’accord de la banque après étude du dossier de l’héritier.
- Un paiement échelonné, si les cohéritiers l’acceptent, avec un échéancier et des garanties écrits dans l’acte de partage.
- Un lot rééquilibré : attribuer aux autres héritiers davantage de liquidités ou d’autres biens réduit la soulte.
En cas de refus de la banque, les options sont comparées dans notre guide sur le rachat de soulte refusé. Les droits de succession, distincts de la soulte, restent dus dans leurs propres délais : voyez payer les droits de succession sans vendre le bien.
Fiscalité et frais d’un partage successoral avec soulte
Le Bulletin officiel des finances publiques pose un principe : une soulte est en règle générale taxée comme une vente. Mais pour les partages entre membres originaires de l’indivision, ce qui vise notamment les héritiers, leur conjoint, leurs ascendants et descendants, la soulte n’est pas considérée comme une vente et ne supporte aucun droit de mutation à titre onéreux. Un seul droit de partage est perçu, au taux normal de 2,5 %, sur l’actif net partagé, sans déduction des soultes. Ce régime est écarté si un tiers, par exemple un acquéreur des droits d’un héritier, participe au partage.
Dans le premier exemple, le droit de partage serait de 2,5 % de 480 000 €, soit 12 000 €. Justice.fr publie aussi le barème des émoluments du notaire pour un partage, calculés sur l’actif brut : 4,837 % HT jusqu’à 6 500 €, 1,995 % de 6 500 à 17 000 €, 1,330 % de 17 000 à 60 000 € et 0,998 % au-delà. Pour 480 000 €, ils atteignent environ 5 287 € HT, auxquels s’ajoutent la TVA, les débours et, en partage judiciaire, les frais d’avocat. Le détail des autres frais figure dans les frais de notaire d’une succession.
Quand aucun héritier ne peut payer la soulte
Plusieurs issues existent, selon service-public.fr :
- Rester en indivision, idéalement avec une convention écrite, établie par un notaire lorsqu’un bien immobilier est en jeu. L’héritier qui occupe seul la maison doit une indemnité aux autres, sauf décision contraire de leur part.
- Vendre le bien et partager le prix : la vente d’un bien indivis exige l’unanimité, sauf vente autorisée par le tribunal à la demande d’héritiers détenant au moins les deux tiers des droits.
- Céder sa part à un tiers : les autres indivisaires restent prioritaires et disposent d’un mois après notification pour la reprendre aux mêmes prix et conditions.
- Demander le partage judiciaire, qui peut conduire à une vente aux enchères : voyez la licitation entre frères et sœurs.
Vente à réméré ou complément de prix : payer ses cohéritiers sans vente définitive
Lorsque le crédit est refusé, une vente à réméré permet de vendre la maison à un investisseur en se réservant le droit de la racheter. Dans le modèle Alterfi, le prix est fixé entre 42 % et 60 % de la valeur d’un bien situé en France et valant au moins 300 000 € ; le rachat se fait au même prix, plus les frais et loyaux coûts de l’article 1673 du Code civil ; une indemnité d’occupation d’environ 10 % par an est prélevée d’avance sur le prix ; les honoraires sont de 6 % TTC et les frais de notaire de 2 % à 3 % ; la durée ne dépasse pas cinq ans.
Exemple fictif. Une succession comprend une maison de 300 000 € et 60 000 € d’épargne ; deux héritiers ont droit chacun à 180 000 €. Celle qui garde la maison doit 120 000 € à son frère, qui reçoit aussi l’épargne. Vendue 180 000 € avec faculté de rachat sur 24 mois, la maison dégage 133 200 € à la signature (après 36 000 € d’indemnité et 10 800 € d’honoraires), puis 127 800 à 129 600 € une fois les frais de notaire payés. Les 120 000 € sont versés et il reste 7 800 à 9 600 €. Le rachat coûtera 180 000 € ; le coût de l’opération est de 46 800 € hors frais d’acte, ou 37 800 € pour un rachat à 18 mois.
Les limites sont nettes. Avec trois héritiers et la maison pour seul bien, la soulte atteindrait 200 000 €, au-delà du net perçu. Tant que le partage n’est pas fait, la vente suppose la signature de tous les héritiers ; la répartition du prix et le titulaire de la faculté de rachat sont à organiser avec le notaire. Faute de rachat dans le délai, l’acquéreur reste propriétaire. Voir la vente à réméré après une succession. Si personne ne veut garder la maison, la vente avec complément de prix d’un bien hérité permet, si le bien est revendu, de percevoir un complément de prix, sans droit de rachat.
Sources : justice.fr, fiche « Partage des biens de la succession » ; service-public.fr, fiches « Partage des biens de la succession » et « Succession : indivision entre les héritiers » ; Bulletin officiel des finances publiques, « Partages avec soultes ou plus-values » et « Partages purs et simples » ; notaires.fr, question sur la réévaluation d’une donation au moment de la succession et fiche sur le règlement d’une succession.
FAQ
Un héritier peut-il refuser le montant de la soulte proposé ?
Oui : le partage amiable suppose l’accord de tous. En cas de désaccord sur la valeur ou sur la composition des lots, il reste à négocier, souvent sur la base d’une expertise, ou à saisir le tribunal judiciaire.
La soulte s’ajoute-t-elle aux droits de succession ?
Ce sont deux choses distinctes. Les droits de succession sont dus à l’État sur ce que chacun hérite ; la soulte est versée entre héritiers et, selon l’administration fiscale, ne supporte entre eux que le droit de partage.
L’héritier qui habite la maison doit-il payer un loyer à ses cohéritiers ?
Selon service-public.fr, l’indivisaire qui utilise seul un bien indivis doit une indemnité aux autres, sauf décision contraire de leur part. Son montant et ses modalités sont à fixer entre héritiers, avec le notaire.
Peut-on payer la soulte à ses frères et sœurs en plusieurs fois ?
Oui, si ceux-ci l’acceptent. L’échéancier, les garanties et les éventuels intérêts sont alors fixés dans l’acte de partage.
Le conjoint survivant doit-il une soulte s’il garde le logement ?
Tout dépend de ses droits dans la succession et de la valeur du logement. L’attribution préférentielle lui donne une priorité sur le bien ; si la valeur dépasse ses droits, la règle des lots de valeur inégale conduit en principe à une compensation. Le notaire chiffre la situation, notamment en présence d’un usufruit.
Conclusion
La soulte permet à un héritier de garder la maison familiale en indemnisant ses cohéritiers. Elle se calcule sur toute la succession, dettes et donations comprises, et ne supporte entre héritiers que le droit de partage de 2,5 %. Faute d’accord ou de financement, la situation se fige : notre page sur l’indivision successorale bloquée présente les issues possibles, du partage amiable à la vente.


