La fiducie-sûreté est une garantie par laquelle un propriétaire, le constituant, transfère la propriété d’un bien à un fiduciaire pour garantir le remboursement d’une dette. Si la dette n’est pas payée, le bien peut être vendu après expertise ; si elle l’est, la garantie n’a plus d’objet. Son fonctionnement, son coût et son issue diffèrent d’une vente à réméré, qui est une vente avec faculté de rachat et non une garantie de crédit. Pour situer ces outils parmi les financements adossés à l’immobilier, voyez aussi notre comparaison crédit hypothécaire ou vente à réméré.
En bref
- La fiducie-sûreté transfère la propriété d’un bien ou d’un droit à un fiduciaire, à titre de garantie d’une dette due à un créancier.
- Selon l’ANIL, en cas de défaut, le fiduciaire peut vendre le bien, l’expertise restant obligatoire pour protéger le constituant.
- La fiducie-sûreté ne procure pas d’argent par elle-même : elle accompagne un financement qu’un créancier doit accepter d’accorder.
- La vente à réméré procure directement le prix de vente, sans dette, avec la faculté de racheter le bien dans un délai de cinq ans au plus.
Qu’est-ce que la fiducie-sûreté ?
Selon le lexique de notaires.fr, la fiducie permet à un constituant de céder des actifs à un fiduciaire avec un projet précis. Ce projet peut être la gestion d’un patrimoine (on parle de fiducie-gestion) ou la garantie d’une dette au profit d’un créancier (on parle de fiducie-sûreté).
Service-public.fr la définit comme une opération par laquelle une personne physique ou morale transfère, pour une durée déterminée, la propriété d’un bien, d’un droit ou d’une sûreté à un tiers, appelé fiduciaire.
Les trois rôles
- Le constituant : le propriétaire qui transfère le bien ; dans les exemples de cette page, c’est le débiteur lui-même.
- Le fiduciaire : celui qui reçoit la propriété du bien, en vue du projet précis fixé par le contrat.
- Le bénéficiaire : dans une fiducie-sûreté, le créancier dont la créance est garantie.
Une sûreté de propriété, pas une hypothèque
L’ANIL résume la règle en une phrase : la propriété d’un bien ou d’un droit peut être cédée à titre de garantie d’une obligation par un contrat de fiducie. La différence avec l’hypothèque est donc de nature. Selon le lexique de notaires.fr, l’hypothèque est un droit donné à un créancier en garantie d’une dette, et le bien hypothéqué reste la propriété du débiteur. Avec une fiducie-sûreté, la propriété sort du patrimoine du constituant pendant la durée de la garantie.
Fiducie-sûreté : fonctionnement pas à pas
Le déroulement général tient en quatre temps ; le détail dépend du contrat.
- Le financement. Un créancier accepte de prêter ou de consentir un délai de paiement, à condition d’être garanti par une fiducie-sûreté.
- Le contrat de fiducie. Le constituant transfère la propriété du bien au fiduciaire. Selon l’ANIL, depuis la réforme du droit des sûretés, la dette garantie peut être présente ou future ; si elle est future, elle doit être déterminable.
- La durée de la garantie. Le transfert est consenti pour une durée déterminée, selon la définition de service-public.fr. Le débiteur rembourse sa dette selon l’échéancier prévu.
- L’issue. Si la dette est remboursée, la garantie n’a plus d’objet et le contrat règle le retour du bien. Si elle ne l’est pas, la garantie est réalisée.
Les formalités
Selon service-public.fr, une fiducie fait l’objet d’une déclaration sur le formulaire F NE, à transmettre au service des impôts des entreprises dont dépend son siège. Les autres conditions de forme (qui peut être fiduciaire, mentions du contrat, enregistrement, publicité foncière pour un immeuble) sont fixées par des règles précises : elles se vérifient avec un notaire ou un avocat avant toute signature.
Ce qui se passe en cas d’impayé
L’ANIL indique que le formalisme de la fiducie-sûreté et ses modalités de réalisation ont été assouplis. Le fiduciaire peut vendre les biens donnés en fiducie, et cela à un prix différent de celui fixé par l’expert lorsqu’une vente à ce prix n’est pas possible. L’exigence d’expertise est maintenue afin de protéger le constituant. Le sort d’un éventuel excédent de prix, après paiement du créancier, dépend du contrat et de la loi : demandez à votre notaire de vous l’expliquer par écrit.
Quel est le coût d’une fiducie-sûreté ?
Aucune des sources officielles consultées ne publie de tarif ni de fourchette de coût pour une fiducie-sûreté. Le coût réel dépend du montage et ne peut être connu que sur devis. Avant de vous engager, demandez par écrit le détail de chaque poste :
- le coût du financement garanti lui-même (taux, frais de dossier, durée) ;
- la rémunération éventuelle du fiduciaire, pendant la durée de la garantie et en cas de réalisation ;
- les frais de rédaction de l’acte et les formalités, notamment pour un bien immobilier ;
- les frais d’expertise si la garantie doit être réalisée ;
- les conséquences fiscales : service-public.fr range les biens et droits immobiliers transférés en fiducie parmi les biens concernés par l’impôt sur la fortune immobilière, pour leur valeur vénale. Leur traitement exact se vérifie avec un conseil fiscal.
Toute comparaison avec un réméré doit se faire sur des propositions écrites, à durée et montant identiques. Notre page sur les coûts et frais d’une vente à réméré détaille chaque poste de cette seconde opération.
Fiducie-sûreté ou vente à réméré : les différences
Les deux opérations transfèrent la propriété d’un bien ; la ressemblance s’arrête là.
- La nature. La fiducie-sûreté est une garantie : elle suppose une dette envers un créancier. La vente à réméré est une vente signée devant notaire : il n’y a ni prêt ni dette, comme l’explique notre page pourquoi la vente à réméré n’est pas un crédit.
- L’origine de l’argent. En fiducie-sûreté, l’argent vient du créancier, qui doit accepter le dossier. En réméré, il vient du prix payé par l’investisseur, compris entre 42 % et 60 % de la valeur du bien.
- Le remboursement. En fiducie-sûreté, le débiteur rembourse sa dette selon un échéancier. En réméré, rien n’est versé chaque mois : l’indemnité d’occupation, d’environ 10 % par an du prix de vente, est payée d’avance sur le prix à la signature et restituée au prorata en cas de rachat anticipé.
- La durée. La fiducie est consentie pour une durée déterminée, selon service-public.fr. La faculté de rachat ne peut être stipulée pour plus de cinq ans (article 1660 du Code civil), avec des durées usuelles de 12 à 24 mois.
- L’issue défavorable. En fiducie-sûreté, le bien peut être vendu par le fiduciaire après expertise. En réméré, si le vendeur ne rachète pas, l’acquéreur reste propriétaire, sans pénalité ni indemnité supplémentaire : la perte du bien est le vrai risque.
- Le prix de sortie. En réméré, le prix de rachat est égal au prix de vente, sans majoration ni intérêts, plus les frais et loyaux coûts de l’article 1673 du Code civil.
Les droits du vendeur pendant l’opération sont détaillés dans notre page sur les garanties du vendeur en vente à réméré.
Exemple chiffré fictif d’une vente à réméré
L’exemple suivant est fictif et illustre le modèle de réméré appliqué par les investisseurs avec lesquels Alterfi travaille. Aucun chiffrage équivalent n’est possible pour une fiducie-sûreté sans un devis réel.
- Valeur du bien : 300 000 €.
- Prix de vente : 180 000 €, soit 60 % de la valeur.
- Durée convenue : 24 mois.
- Indemnité d’occupation payée d’avance : 36 000 € (10 % par an de 180 000 € sur deux ans).
- Honoraires : 10 800 € (6 % TTC du prix de vente).
- Net perçu à la signature : 133 200 €, hors frais d’acte.
- Frais de notaire, à la charge du vendeur : entre 3 600 € et 5 400 € (2 % à 3 % du prix).
- Prix de rachat : 180 000 €, plus les frais et loyaux coûts.
Si le vendeur rachète à l’échéance, l’opération lui a coûté 46 800 € hors frais d’acte (36 000 € d’indemnité et 10 800 € d’honoraires). S’il rachète au bout de 18 mois, 9 000 € d’indemnité lui sont restitués et le coût tombe à 37 800 €. S’il ne rachète pas, il perd le bien, sans pénalité supplémentaire.
Quand préférer l’une ou l’autre solution
Situations où la fiducie-sûreté peut convenir
La fiducie-sûreté répond à une situation précise : un créancier est prêt à financer, mais exige une garantie forte. Elle s’inscrit toujours dans un financement négocié, que le créancier conditionne à cette garantie. Si un financement est déjà accordé sous cette condition, faites vérifier le contrat par un avocat ou un notaire.
Situations où une vente à réméré peut répondre
Une vente à réméré, un portage immobilier ou une vente avec complément de prix peut être envisagée quand :
- le propriétaire n’obtient pas de financement, et donc pas de créancier à garantir ;
- le bien est situé en France et vaut au moins 300 000 € ;
- le montant net perçu couvre les dettes ou le besoin ;
- un projet de rachat (nouveau crédit, vente d’un autre actif, succession) ou de revente est crédible.
Pour une entreprise, la comparaison s’étend à la cession-bail immobilière (lease-back) et aux autres outils de notre panorama des financements d’entreprise.
Situations où aucune ne convient
Ni l’une ni l’autre n’a de sens si le montant obtenu ne règle pas la situation, ou si aucune sortie n’est réaliste : dans les deux cas, le propriétaire risque de perdre son bien sans avoir résolu ses difficultés. Si le bien est déjà grevé d’une hypothèque, lisez d’abord notre page vendre un bien hypothéqué.
Le rôle d’Alterfi
Alterfi ne propose pas de fiducie-sûreté et n’intervient pas comme fiduciaire. Titulaire de la carte professionnelle immobilière, elle n’est pas un établissement de crédit, ne détient pas de fonds et n’achète pas les biens : elle met le propriétaire en relation avec un investisseur et l’accompagne jusqu’au notaire. L’étude du dossier et la proposition écrite sont gratuites ; les honoraires, dus seulement si l’opération se réalise, sont plafonnés à 5 % HT du prix de vente, soit 6 % TTC, de 300 000 € à 10 000 000 €, et à 4 % HT, soit 4,8 % TTC, au-delà.
Sources : notaires.fr, lexique, entrées « Fiducie » et « Hypothèque » ; service-public.fr, fiches « Impôt sur la fortune immobilière (IFI) : personnes et biens concernés » et « Comment créer ou modifier une entité ne relevant pas des formalités d’entreprises ? » ; ANIL, analyse juridique « Réforme du droit des sûretés ».
FAQ
Qui peut être fiduciaire dans une fiducie-sûreté ?
Les sources officielles consultées pour cette page ne détaillent pas les conditions requises pour être fiduciaire. Avant de signer, demandez au notaire ou à l’avocat chargé du contrat de vous confirmer par écrit que le fiduciaire proposé peut exercer ce rôle.
Peut-on continuer à occuper un bien placé en fiducie-sûreté ?
C’est une question que le contrat doit régler expressément, puisque la propriété est transférée au fiduciaire. Faites préciser par écrit les conditions d’occupation, leur coût éventuel et ce qui se passe en cas d’impayé. En vente à réméré, le vendeur peut rester dans les lieux moyennant l’indemnité d’occupation payée d’avance.
Le bien revient-il automatiquement au constituant après remboursement ?
Une fois la dette garantie remboursée, la garantie n’a plus d’objet. Les modalités du retour du bien, et les éventuels frais d’acte qui l’accompagnent, sont prévues par le contrat. Demandez au notaire de vous les chiffrer dès le départ.
La fiducie-sûreté protège-t-elle mieux le propriétaire qu’une hypothèque ?
Pas nécessairement : le propriétaire cède la propriété du bien, ce qu’il ne fait pas avec une hypothèque. Pour l’hypothèque, l’ANIL rappelle que le créancier peut demander en justice l’attribution de l’immeuble, sauf s’il constitue la résidence principale du débiteur. Le choix entre les deux garanties se discute avec un notaire.
Peut-on faire une fiducie-sûreté sans prêt ?
Non. La fiducie-sûreté garantit une obligation, présente ou future mais déterminable : sans créancier, il n’y a rien à garantir. Le propriétaire qui ne trouve pas de financement peut en revanche étudier une vente à réméré, qui repose sur une vente et non sur une dette.
Un bien en fiducie entre-t-il dans le calcul de l’IFI ?
Service-public.fr cite les biens et droits immobiliers transférés en fiducie parmi les biens concernés par l’impôt sur la fortune immobilière, pour leur valeur vénale. La personne qui doit les déclarer et les règles applicables à votre cas se vérifient avec un conseil fiscal.
Conclusion
La fiducie-sûreté est une garantie forte pour le créancier : la propriété du bien est transférée au fiduciaire tant que la dette n’est pas payée, et le bien peut être vendu après expertise en cas de défaut. Elle suppose donc un financement déjà trouvé. La vente à réméré répond à une autre situation : obtenir directement des liquidités sur un bien d’au moins 300 000 €, sans dette, avec la faculté de racheter dans un délai de cinq ans au plus et un prix de rachat égal au prix de vente. Pour choisir entre emprunter sur son bien et le vendre avec faculté de rachat, consultez notre guide crédit hypothécaire ou vente à réméré.


