Saisie immobilière : éviter l'adjudication grâce à la vente avec complément de prix

Gabriele Favale
Chargé de communication
Mis à jour le
01 October 2026

Une saisie immobilière se termine, si rien n'est fait, par une vente aux enchères au tribunal : l'adjudication. Le bien part alors au prix qu'en offrent les enchérisseurs ce jour-là, souvent très en dessous de sa valeur de marché, et le propriétaire voit la plus grande partie de son patrimoine absorbée par la procédure. La vente avec complément de prix permet de reprendre la main avant cette échéance : solder les créanciers rapidement, puis récupérer la valeur réelle du bien à la revente. Encore faut-il agir au bon moment de la procédure.

Pourquoi l'adjudication détruit de la valeur

Lors d'une vente forcée, le créancier poursuivant fixe une mise à prix, c'est-à-dire le prix de départ des enchères. Elle est généralement très inférieure à la valeur du bien, car son seul objectif est d'attirer des enchérisseurs. Le bien est vendu en l'état, sans visite organisée dans les conditions d'une vente normale, à des acquéreurs qui doivent être représentés par un avocat et consigner une garantie. Ce public restreint, composé en grande partie d'investisseurs à la recherche d'une décote, explique que les prix d'adjudication restent souvent nettement inférieurs aux prix du marché.

À cela s'ajoutent les frais de la procédure, qui viennent s'imputer sur le prix, et les intérêts qui continuent de courir. Au bout du compte, le propriétaire peut perdre son bien et rester redevable d'une partie de sa dette.

Les étapes de la saisie immobilière et les fenêtres d'action

Le commandement de payer valant saisie

La procédure commence par la signification, par un commissaire de justice, d'un commandement de payer valant saisie. Il est ensuite publié au service de la publicité foncière. À partir de ce moment, le bien est saisi : le propriétaire ne peut plus le vendre librement sans passer par le cadre fixé par la procédure. C'est pourquoi la meilleure fenêtre se situe avant ce commandement, dès les premières relances et la déchéance du terme. À ce stade, une vente avec complément de prix se négocie et se signe comme n'importe quelle vente.

L'audience d'orientation

Le créancier assigne ensuite le propriétaire devant le juge de l'exécution pour une audience d'orientation. C'est le moment décisif. Le propriétaire peut y demander l'autorisation de vendre son bien à l'amiable. S'il présente un projet sérieux, le juge l'autorise, fixe le prix en dessous duquel le bien ne pourra pas être vendu et renvoie l'affaire à une audience ultérieure, dans un délai qui ne peut excéder quatre mois, pour constater la vente. À défaut, il ordonne la vente forcée et fixe la date de l'adjudication.

L'adjudication

Une fois la vente forcée ordonnée, les marges de manœuvre se réduisent fortement. Le bien est vendu aux enchères à l'audience fixée, puis une surenchère reste possible pendant un bref délai. Arriver à ce stade sans solution, c'est accepter le prix que fixera la salle.

Comment la vente avec complément de prix s'insère dans la procédure

La vente avec complément de prix repose sur une vente notariée : le propriétaire perçoit environ 60 % de la valeur du bien à la signature, puis l'intégralité de ce qui dépasse le prix d'achat lorsque le bien est revendu au prix du marché.

Avant le commandement

C'est la situation idéale. La vente est libre, les créanciers sont désintéressés sur le prix versé à la signature, la procédure n'a pas le temps de s'engager et le propriétaire n'en subit pas les frais. Le délai de réalisation est généralement de 10 à 20 jours à Paris et de 30 à 60 jours en province.

Entre le commandement et l'audience d'orientation

La vente reste possible, mais elle doit être préparée pour être présentée au juge dans le cadre d'une demande de vente amiable. Le point clé est le prix minimum que fixera le juge : le prix versé à la signature doit le respecter et permettre de désintéresser le créancier poursuivant. Il faut donc arriver à l'audience avec une offre écrite, une estimation solide du bien et un calendrier précis. Plus le dossier est préparé tôt, plus il a de chances d'être accepté.

Après l'orientation en vente forcée

Les possibilités deviennent très limitées et dépendent de la situation précise du dossier, en particulier de l'accord des créanciers. Il ne faut pas pour autant renoncer sans avoir fait examiner le dossier, mais il faut savoir que chaque semaine perdue en amont réduit les options en aval.

Exemple chiffré : adjudication contre vente avec complément de prix

Un appartement vaut 400 000 € sur le marché. Son propriétaire doit 180 000 € au total à sa banque.

Scénario adjudication. La mise à prix est fixée à 150 000 €. Le bien est adjugé à 260 000 €, soit 35 % sous sa valeur. Après remboursement de la dette, il reste 80 000 €, dont il faut encore déduire les frais de la procédure. Le propriétaire perd son logement et récupère moins de 80 000 €.

Scénario vente avec complément de prix, signée avant le commandement. L'investisseur achète à 60 % de la valeur, soit 240 000 €. Sur ce prix sont réglés la dette de 180 000 €, les honoraires de 6 % TTC, soit 14 400 €, et une année d'indemnité d'occupation prépayée, soit 24 000 €. Le propriétaire perçoit 21 600 € à la signature et reste dans les lieux pendant la commercialisation. Le bien est revendu 400 000 € au bout d'un an : le complément, soit 160 000 €, lui est reversé. Il récupère au total 181 600 €, soit plus de 100 000 € de plus qu'avec l'adjudication.

Les conditions à réunir

  • Un bien d'au moins 300 000 €, situé en France.
  • Une dette compatible avec le prix versé à la signature : environ 60 % de la valeur du bien doivent suffire à solder les créanciers, les honoraires et l'indemnité d'occupation prépayée. C'est la condition qui permet d'arrêter la procédure.
  • Un vendeur en mesure de signer : accord de tous les propriétaires en cas d'indivision, et autorisation du juge si la procédure est déjà au stade de l'orientation.
  • Une estimation réaliste, fondée sur des ventes comparables, qui sert à la fois à l'offre et au dossier présenté au juge.

Vente avec complément de prix ou réméré face à la saisie ?

Si vous avez une perspective sérieuse et identifiée de retrouver une capacité financière, par exemple une cession d'actif ou un financement à venir, la vente à réméré pour éviter la saisie vous permet de garder la possibilité de racheter votre bien. Si vous savez que vous devrez vendre, la vente avec complément de prix vous garantit la valeur de votre bien sans pari sur l'avenir. Notre comparatif complément de prix ou réméré vous aide à trancher.

Questions fréquentes

Peut-on encore vendre après avoir reçu un commandement de payer valant saisie ?
Oui, mais plus librement : la vente doit s'inscrire dans le cadre de la procédure, en pratique par une demande de vente amiable présentée au juge de l'exécution lors de l'audience d'orientation.

Le juge accepte-t-il toujours la vente amiable ?
Non. Il l'autorise lorsque le projet est sérieux et permet une vente dans des conditions satisfaisantes. Une offre écrite et une estimation documentée renforcent considérablement le dossier.

Combien de temps faut-il pour réaliser l'opération ?
Hors procédure, généralement 10 à 20 jours à Paris et 30 à 60 jours en province. Dans le cadre d'une vente amiable autorisée, le calendrier est celui fixé par le juge.

Puis-je rester dans mon logement ?
Oui, pendant la durée convenue, moyennant une indemnité d'occupation d'environ 10 % par an du prix d'achat, restituée au prorata si le bien est revendu plus tôt.

Que se passe-t-il si ma dette est trop élevée par rapport à la valeur du bien ?
Si le prix versé à la signature ne suffit pas à désintéresser les créanciers et à couvrir les frais de l'opération, la vente avec complément de prix n'est en principe pas adaptée en l'état. Une négociation préalable avec les créanciers ou une autre solution doit être étudiée.

Gabriele Favale - Chargé de communication chez Alterfi, en charge de la stratégie de communication, de la création de contenus, du développement de la visibilité de l’entreprise et des relations médias.

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