Propriétaires surendettés : le portage immobilier peut-il vous sauver ?

Gabriele Favale
Chargé de communication
Mis à jour le
18 December 2025

Le surendettement des propriétaires s’aggrave en France, notamment en raison de la hausse des taux d’intérêt et des séquelles économiques de la crise sanitaire. Selon la Banque de France, plus de 200 000 dossiers de surendettement sont déposés chaque année. Les propriétaires, souvent accablés par un cumul de crédit immobilier et de dettes à la consommation, sont particulièrement vulnérables. Une perte d’emploi, un divorce, des crédits revolving mal maîtrisés ou des dépenses imprévues peuvent rendre leurs mensualités insoutenables, exposant leur logement à un risque de saisie. Dans ce contexte, le portage immobilier est parfois présenté comme une solution pour éviter la perte du bien tout en obtenant des liquidités. Ce mécanisme permet de céder temporairement son logement à un investisseur, qui verse un capital pour régulariser les dettes. Le propriétaire conserve généralement la possibilité de racheter son bien plus tard, tout en continuant à l’occuper. Cependant, cette solution comporte des risques majeurs. Le portage immobilier offre un répit financier immédiat et évite une saisie judiciaire, mais il exige une capacité réelle à racheter le bien dans les délais impartis, sous peine de le perdre définitivement. Les coûts associés (frais de notaire, marges de l’investisseur) peuvent aussi alourdir la situation financière. Avant d’envisager cette option, il est crucial d’explorer d’autres solutions : la commission de surendettement (Banque de France) pour restructurer ses dettes, le rachat de crédit pour réduire les mensualités, ou encore la vente à réméré, plus sécurisée, qui impose un droit de rachat dans un délai maximal de 5 ans.

Le surendettement des propriétaires : causes et conséquences

Le surendettement des propriétaires peut avoir plusieurs causes. La perte d’emploi, une séparation, une maladie ou un accident de la vie peuvent entraîner une baisse brutale des revenus, rendant impossible le remboursement des crédits. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt ou un endettement excessif (crédits à la consommation, crédits revolving) peuvent aggraver la situation.

Les conséquences du surendettement sont graves : saisie du logement, inscription au fichier des incidents de remboursement (FICP), impossibilité d’obtenir de nouveaux crédits, et parfois même des poursuites judiciaires. Dans ce contexte, le portage immobilier peut sembler une solution attrayante, mais il est essentiel de bien comprendre son fonctionnement et ses implications avant de s’engager.

Le portage immobilier : un mécanisme pour les propriétaires surendettés ?

Le portage immobilier est un mécanisme juridique qui permet à un propriétaire de céder temporairement son bien à un investisseur, tout en conservant la possibilité de le racheter dans un délai déterminé (généralement entre 2 et 10 ans). En échange, le propriétaire obtient des liquidités immédiates, qu’il peut utiliser pour rembourser ses dettes et éviter la saisie.

Pour les propriétaires surendettés, le portage immobilier présente plusieurs avantages. Il permet d’obtenir des liquidités rapidement pour régulariser les dettes urgentes. Il évite la saisie du logement, ce qui permet de conserver un toit et de préserver son patrimoine. Il offre également un délai pour se restructurer financièrement, sans la pression immédiate des créanciers.

Cependant, ce mécanisme comporte aussi des risques majeurs, notamment la perte définitive du bien si le propriétaire n’est pas en mesure de le racheter à l’échéance. Il est donc crucial d’évaluer sa capacité à honorer cet engagement avant de s’engager dans un portage immobilier.

Comment le portage immobilier peut sauver un propriétaire surendetté ?

Pour qu’un propriétaire surendetté puisse bénéficier du portage immobilier, plusieurs étapes sont nécessaires. La première étape consiste à faire un bilan complet de ses dettes (crédits immobiliers, crédits à la consommation, dettes fiscales, etc.) et de ses revenus. Ce bilan permet de déterminer le montant nécessaire pour régulariser sa situation et éviter la saisie. Par exemple, si vos dettes s’élèvent à 120 000 euros, vous devrez obtenir au moins cette somme via le portage immobilier.

Il est essentiel de faire évaluer son bien par un expert indépendant pour connaître sa valeur réelle. Cette évaluation permet de négocier une décote raisonnable avec l’investisseur (généralement entre 15 % et 25 %). Par exemple, pour un bien estimé à 300 000 euros, une décote de 20 % donnerait un prix de cession de 240 000 euros.

Il est crucial de choisir un investisseur spécialisé et fiable. Comparez plusieurs offres pour obtenir les meilleures conditions, notamment en termes de prix de rachat, de durée du contrat et d’indemnité d’occupation. Par exemple, un contrat de 5 ans avec un prix de rachat réaliste (270 000 euros pour un bien cédé à 240 000 euros) et une indemnité d’occupation abordable (700 euros/mois) peut être une bonne solution.

Le contrat de portage immobilier doit être rédigé par un notaire pour garantir sa validité juridique. Il doit inclure des clauses protectrices, comme une période de grâce en cas de retard de paiement ou une possibilité de prolongation du contrat.

Les liquidités obtenues doivent être utilisées pour rembourser les dettes urgentes et éviter la saisie. Il est important de conserver les preuves de ces remboursements (relevés bancaires, quittances) pour démontrer aux créanciers que la situation est en voie de régularisation.

Pour racheter son bien à l’échéance, il est indispensable de mettre en place un plan de redressement : réduction des dépenses, recherche de revenus complémentaires, épargne régulière, etc. Un conseiller en gestion de patrimoine peut aider à élaborer ce plan.

Étude de cas : un propriétaire surendetté sauvé par le portage immobilier

Prenons l’exemple de Monsieur et Madame Dupont, propriétaires d’une maison à Lyon estimée à 350 000 euros. Après un licenciement et des dépenses médicales imprévues, ils accumulent des dettes totalisant 150 000 euros et sont menacés de saisie par leur banque.

Sur les conseils de leur notaire, ils optent pour un portage immobilier. Leur maison est évaluée à 350 000 euros, et ils trouvent un investisseur qui accepte de leur verser 280 000 euros (décote de 20 %), avec une faculté de rachat dans 5 ans pour 315 000 euros. Pendant ces 5 ans, ils paient une indemnité d’occupation de 900 euros par mois.

Avec les 280 000 euros, ils remboursent intégralement leurs dettes et évitent la saisie. Madame Dupont trouve un nouvel emploi mieux rémunéré, et le couple met en place un plan d’épargne strict. Grâce à un prêt familial et à la vente d’une voiture, ils parviennent à racheter leur maison à l’échéance, préservant ainsi leur patrimoine.

Les risques du portage immobilier pour les propriétaires surendettés

Bien que le portage immobilier puisse sauver certains propriétaires surendettés, il comporte des risques majeurs qu’il ne faut pas sous-estimer. Le premier risque est la perte définitive du bien si le propriétaire n’est pas en mesure de le racheter à l’échéance. Cette situation peut survenir si le propriétaire sous-estime ses capacités financières ou si des imprévus, comme une perte d’emploi ou une maladie, l’empêchent de reconstituer les fonds nécessaires au rachat.

Un autre inconvénient du portage immobilier est la décote appliquée sur le prix de cession du bien. En général, cette décote varie entre 15 % et 25 %, ce qui réduit d’autant le capital disponible pour le propriétaire. Par exemple, pour un bien estimé à 300 000 euros, une décote de 20 % entraînerait un prix de vente de 240 000 euros. Cette réduction du capital disponible peut limiter les liquidités obtenues pour régulariser ses dettes ou financer un projet.

Les frais annexes, tels que les frais de notaire, l’indemnité d’occupation et les intérêts sur le prix de rachat, peuvent également alourdir considérablement le coût total de l’opération. Il est important de bien comprendre l’ensemble des coûts et de les intégrer dans son budget prévisionnel pour éviter les mauvaises surprises. Par exemple, les frais de notaire peuvent représenter entre 2 % et 5 % du prix de vente, ce qui peut ajouter plusieurs milliers d’euros au coût total de l’opération.

Enfin, le portage immobilier peut avoir des conséquences fiscales. Le propriétaire doit s’acquitter des droits de mutation à titre onéreux, calculés sur la valeur vénale du bien. En cas de rachat, il devra également payer des droits de mutation sur le prix de rachat. Il est donc recommandé de consulter un expert-comptable ou un avocat fiscaliste pour optimiser sa situation fiscale et éviter les pénalités. Par exemple, une mauvaise déclaration des revenus locatifs ou des indemnités d’occupation peut entraîner un redressement fiscal, aggravant encore la situation financière du propriétaire.

Certains investisseurs profitent de la détresse financière des propriétaires pour leur proposer des décotes excessives (jusqu’à 40 %). Il est donc crucial de faire évaluer son bien par un expert indépendant et de comparer plusieurs offres. Certains contrats contiennent des clauses désavantageuses pour le propriétaire, comme des pénalités exorbitantes en cas de retard de paiement ou des interdictions de sous-location. Il est indispensable de faire relire le contrat par un notaire avant de signer. Le portage immobilier peut entraîner des droits de mutation à payer lors de la cession et du rachat, ainsi que l’imposition des loyers ou des indemnités d’occupation. Un accompagnement par un expert-comptable est recommandé pour optimiser sa situation fiscale.

FAQ : Réponses aux questions fréquentes sur le portage immobilier et le surendettement

Le portage immobilier est-il adapté à tous les propriétaires surendettés ?
Non, le portage immobilier n’est pas adapté à tous les profils. Il convient surtout aux propriétaires qui ont une capacité de redressement financière à moyen terme (nouvel emploi, vente d’actifs, etc.). Pour les ménages en situation de surendettement chronique, d’autres solutions comme la commission de surendettement peuvent être plus adaptées.

Quelle est la différence entre le portage immobilier et la vente à réméré ?
Le portage immobilier est une cession temporaire de la propriété, avec une faculté de rachat non obligatoire, tandis que la vente à réméré est une vente avec une faculté de rachat obligatoire dans un délai maximal de 5 ans. La vente à réméré est encadrée par la loi, ce qui offre une sécurité juridique plus grande, mais elle est moins flexible que le portage immobilier.

Peut-on combiner le portage immobilier avec une procédure de surendettement ?
Oui, il est possible de combiner le portage immobilier avec une procédure de surendettement. Le portage immobilier peut être utilisé pour régulariser les dettes immobilières, tandis que la commission de surendettement permet de restructurer les dettes personnelles (crédits à la consommation, dettes fiscales, etc.).

Quels sont les coûts d’un portage immobilier ?
Les coûts principaux d’un portage immobilier sont les frais de notaire (2 à 5 % du prix de cession), les droits de mutation, l’indemnité d’occupation (si le propriétaire continue à occuper le bien) et les intérêts implicites inclus dans le prix de rachat.

Que faire si on ne peut pas racheter son bien à l’échéance ?
Si le propriétaire n’est pas en mesure de racheter son bien à l’échéance, il le perd définitivement. Il est donc crucial de bien évaluer sa capacité de rachat avant de s’engager et de prévoir un plan de redressement financier réaliste.

Le portage immobilier est-il une solution durable pour sortir du surendettement ?
Le portage immobilier peut être une solution temporaire pour éviter la saisie et obtenir des liquidités, mais il ne résout pas les causes profondes du surendettement. Pour une sortie durable, il est essentiel de mettre en place un plan de redressement financier (réduction des dépenses, augmentation des revenus, épargne) et, si nécessaire, de recourir à d’autres dispositifs comme la commission de surendettement.

Conclusion : Le portage immobilier, une solution parmi d’autres pour les propriétaires surendettés

Le portage immobilier peut être une solution efficace pour les propriétaires surendettés menacés de saisie, à condition de bien en comprendre les mécanismes, les avantages et les risques. Il permet d’obtenir des liquidités immédiates pour régulariser ses dettes, tout en conservant la possibilité de racheter son bien à moyen terme. Cependant, cette solution n’est pas adaptée à tous les profils. Elle nécessite une capacité de redressement financier et une préparation rigoureuse pour éviter la perte définitive du bien. Pour les ménages en situation de surendettement chronique, d’autres solutions comme la commission de surendettement ou le rachat de crédit peuvent être plus adaptées. En définitive, le portage immobilier peut sauver certains propriétaires surendettés, mais il ne doit pas être considéré comme une solution miracle. Une analyse approfondie de sa situation financière, un accompagnement par des professionnels (notaires, conseillers en gestion de patrimoine) et une comparaison avec les alternatives disponibles sont indispensables pour faire le bon choix. N’hésitez pas à solliciter l’expertise de spécialistes pour sécuriser votre projet et préserver votre patrimoine.

Gabriele Favale - Chargé de communication chez Alterfi, en charge de la stratégie de communication, de la création de contenus, du développement de la visibilité de l’entreprise et des relations médias.

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