Portage immobilier et SCI : comment une SCI propriétaire obtient des liquidités puis rachète son bien

Gabriele Favale
Chargé de communication
Mis à jour le
04 October 2026
Portage immobilier et SCI : comment une SCI propriétaire obtient des liquidités puis rachète son bien

Votre SCI familiale ou patrimoniale est propriétaire d’un bien immobilier et a besoin de liquidités, sans pouvoir ou sans vouloir passer par un crédit ? Le portage immobilier lui permet de vendre ce bien à un investisseur, de percevoir une partie de sa valeur, puis de le racheter au même prix dans un délai convenu, pendant que les associés continuent d’occuper les lieux. Lorsque le vendeur est une société, l’opération soulève des questions particulières. Qui décide de vendre : le gérant ou les associés ? Que disent les statuts ? Quelle somme la SCI perçoit-elle réellement, combien cela lui coûte-t-il et comment se passe le rachat ? Ce guide répond à ces questions du point de vue de la SCI propriétaire, avec un exemple chiffré, des conseils pratiques et les réponses aux questions les plus fréquentes, en complément de ce qu’il faut savoir sur le portage immobilier, son fonctionnement et ses étapes clés.

En bref

  • Le portage immobilier permet à une SCI de vendre son bien à un investisseur entre 42 % et 60 % de sa valeur, puis de le racheter au même prix.
  • La décision doit être prise conformément aux statuts de la SCI, que le notaire vérifie avant la signature avec le procès-verbal des associés.
  • Le bien doit être situé en France et valoir au moins 300 000 € ; l’indemnité d’occupation reste due lorsque le bien est loué à un tiers.
  • Sans rachat dans le délai, cinq ans au maximum, la SCI ne doit aucune pénalité mais perd définitivement le bien.

Pourquoi une SCI propriétaire recourt-elle au portage immobilier ?

Une SCI détient souvent l’essentiel du patrimoine d’une famille : la résidence des parents, une maison de vacances, un immeuble de rapport. Ce patrimoine a de la valeur, mais il n’est pas disponible. Lorsque la société doit rembourser un prêt devenu exigible, régler des dettes ou financer un besoin urgent, et que la banque refuse un nouveau crédit, le portage immobilier permet de mobiliser une partie de cette valeur sans vendre définitivement le bien.

Le principe est celui d’une vente avec faculté de rachat. La SCI vend son bien à un investisseur et conserve le droit de le racheter pendant une durée fixée dans l’acte, cinq ans au maximum. Le portage suit exactement le même modèle de prix que la vente à réméré : l’investisseur paie entre 42 % et 60 % de la valeur du bien, et le prix de rachat est égal au prix de vente, sans majoration ni intérêts. Le bien doit être situé en France et valoir au moins 300 000 euros.

Le fait que le vendeur soit une société ne change pas le mécanisme, mais il ajoute des précautions. La décision engage tous les associés, les fonds sont versés à la SCI et non à chacun d’eux, et l’opération a des conséquences comptables et fiscales qui dépendent du régime de la société. Ces dernières doivent être examinées avec l’expert-comptable de la SCI et le notaire ; pour une première approche, vous pouvez consulter notre page consacrée aux questions de fiscalité du portage immobilier, d’impôts, de plus-values et d’optimisation.

Ce que la SCI perçoit et ce que le portage lui coûte

Un prix compris entre 42 % et 60 % de la valeur du bien

L’investisseur achète le bien entre 42 % et 60 % de sa valeur, appréciée au jour de la vente. Pour un bien estimé à 600 000 euros, le prix de vente est donc au plus de 360 000 euros. Ce prix sert d’abord à rembourser les créanciers inscrits sur le bien, par exemple la banque qui a financé son acquisition.

La SCI ne dispose donc pas de la totalité du prix. Avant de s’engager, les associés doivent raisonner sur la somme qui restera réellement à la société une fois soldés les prêts et réglés les frais de l’opération, et vérifier qu’elle couvre le besoin avec une marge.

Une indemnité d’occupation payée d’avance

Lorsque les associés ou leurs proches restent dans les lieux, la SCI doit une indemnité d’occupation d’environ 10 % par an du prix de vente. Elle est payée d’avance pour toute la durée convenue, par prélèvement sur le prix à la signature : aucun loyer n’est versé chaque mois pendant l’opération. En cas de rachat avant le terme, la part correspondant aux mois non consommés est restituée au prorata.

Cette indemnité est due de la même façon lorsque le bien est loué à un tiers, ce qui est fréquent pour une SCI patrimoniale. Seul un bien réellement vide et inoccupé peut en être dispensé. Le sort du bail en cours et des loyers pendant le portage doit être précisé dans l’acte avec le notaire.

Des honoraires et des frais de notaire à la charge de la SCI

Tous les frais de l’opération sont supportés par le vendeur, donc par la SCI. Les honoraires sont plafonnés à 5 % HT du prix de vente, soit 6 % TTC. Les frais de notaire représentent entre 2 % et 3 % du prix de vente. Ces sommes sont elles aussi prélevées sur le prix le jour de la signature.

Un rachat au prix de vente, sans pénalité en cas de non-rachat

Pour récupérer son bien, la SCI rembourse le prix de vente, auquel s’ajoutent seulement les frais et loyaux coûts de la vente prévus par l’article 1673 du Code civil. Si elle ne rachète pas dans le délai, aucune pénalité ni indemnité supplémentaire n’est due. La conséquence est ailleurs : l’investisseur devient propriétaire définitif d’un bien payé au plus 60 % de sa valeur, et la SCI a déjà supporté l’indemnité d’occupation et les honoraires. C’est le véritable risque de l’opération, et les associés doivent l’avoir mesuré ensemble.

Les étapes clés d’un portage immobilier pour une SCI

Vérifier qui décide : statuts, gérant, associés

Le gérant représente la SCI et signe les actes en son nom, mais ses pouvoirs sont définis par les statuts. La vente d’un immeuble, a fortiori lorsqu’il constitue le principal actif de la société, relève le plus souvent d’une décision des associés. Il faut donc relire les statuts : que prévoit l’objet social, quels actes le gérant peut-il accomplir seul, quelle majorité est exigée pour vendre un bien ?

Ces règles varient d’une SCI à l’autre, et certaines situations demandent une attention particulière : parts détenues en indivision ou démembrées, associé mineur ou protégé, mésentente entre associés. Seule la lecture des statuts par le notaire permet de savoir quelle décision est nécessaire dans votre cas.

Réunir les associés et formaliser la décision

Une fois la règle identifiée, les associés sont consultés dans les formes prévues par les statuts, en général en assemblée. La décision doit autoriser la vente avec faculté de rachat, en fixer les conditions essentielles (prix, durée, indemnité d’occupation) et donner pouvoir au gérant de signer. Elle est consignée dans un procès-verbal que le notaire demandera avec les statuts à jour.

Cette formalité n’est pas une simple précaution : une vente signée par un gérant qui n’en avait pas le pouvoir expose la société et le gérant à une contestation. Elle est aussi l’occasion de s’accorder entre associés sur l’usage des fonds et sur le financement du rachat. Sur tous ces points, le rôle du notaire dans le portage immobilier est déterminant : c’est lui qui vérifie les pouvoirs, rédige l’acte et sécurise l’opération.

Négocier la durée et les conditions

La durée du portage se choisit en fonction du temps dont la SCI a besoin pour être en mesure de racheter : le temps de régulariser sa situation, de vendre un autre actif ou d’obtenir un nouveau financement. Trop courte, elle expose à perdre le bien. Plus longue, elle augmente l’indemnité d’occupation payée d’avance, mais celle-ci est restituée au prorata si le rachat intervient plus tôt.

Le prix, les conditions d’occupation et les modalités d’exercice du rachat se discutent au même moment. Notre guide pour négocier les conditions d’un portage immobilier avec l’investisseur détaille les points sur lesquels le vendeur dispose d’une marge de discussion.

Signer l’acte et affecter les fonds

L’acte est signé chez le notaire par le gérant, au nom de la SCI. Le notaire rembourse les créanciers inscrits, prélève l’indemnité d’occupation, les honoraires et les frais d’acte, puis verse le solde sur le compte de la société. Ce sont des fonds de la SCI : leur emploi doit correspondre à ce que les associés ont décidé.

Si une partie de la somme doit revenir aux associés, la manière de procéder a des conséquences comptables et fiscales qui dépendent du régime de la société. Ce point se prépare avec l’expert-comptable avant la signature, et non après. Toutes les pièces de l’opération doivent être conservées dans la comptabilité de la SCI.

Occuper ou louer le bien pendant le portage

Pendant le portage, la SCI n’est plus propriétaire, mais les occupants restent dans les lieux dans les conditions prévues par l’acte : c’est la contrepartie de l’indemnité d’occupation réglée d’avance. Le bien doit être entretenu et assuré comme convenu. La répartition des charges et des taxes liées au bien pendant cette période est fixée dans l’acte et mérite d’être vérifiée avec le notaire.

Racheter le bien et clôturer l’opération

Le rachat peut intervenir à tout moment pendant le délai convenu. La SCI verse le prix de rachat, égal au prix de vente, et redevient propriétaire par un acte notarié. La faculté de rachat appartient au vendeur, c’est-à-dire à la société : c’est elle qui doit réunir les fonds, par un nouveau prêt, par la vente d’un autre actif ou par des apports de ses associés.

Si le rachat a lieu avant le terme, l’indemnité d’occupation des mois non consommés est restituée. Le coût total de l’opération se limite alors à l’indemnité consommée et aux honoraires, hors frais d’acte. Si la SCI préfère finalement vendre le bien à un tiers, cette revente s’organise avec le notaire, le prix payé par l’acquéreur servant à financer le rachat.

Erreurs à éviter absolument

Engager la SCI sans décision régulière des associés

Un gérant convaincu d’agir dans l’intérêt de tous peut être tenté d’aller vite. C’est une erreur : sans décision conforme aux statuts, l’opération est fragile et peut ouvrir un conflit durable entre associés. La consultation des associés doit précéder la signature, et le procès-verbal doit être remis au notaire.

Surestimer la somme réellement disponible

Le prix de vente n’est pas la somme que la SCI pourra utiliser. Il faut en retrancher le remboursement des prêts garantis par le bien, l’indemnité d’occupation payée d’avance, les honoraires et les frais de notaire. Un calcul précis, fait avant toute décision, évite de découvrir trop tard que l’opération ne couvre pas le besoin.

Négliger les conséquences comptables et fiscales

La vente d’un bien par une SCI, puis son rachat, ont des incidences qui diffèrent selon le régime d’imposition de la société et la situation de ses associés. Nous ne les détaillons pas ici, car elles dépendent de chaque dossier. Interrogez l’expert-comptable de la SCI et le notaire avant de signer, et tenez les obligations comptables et déclaratives de la société à jour pendant toute l’opération.

Ne pas préparer le financement du rachat

Le rachat suppose de réunir le prix de vente en une seule fois. Si la SCI compte sur un prêt, elle doit régulariser sa situation et celle de ses associés assez tôt pour présenter un dossier recevable. Si elle compte sur la vente d’un autre bien ou sur des apports, le calendrier doit être compatible avec l’échéance. Il faut enfin intégrer au budget les frais du rachat lui-même, en lisant notre page sur les frais cachés à ne pas négliger dans un portage immobilier.

Étude de cas : une SCI familiale cède sa maison en portage puis la rachète

Prenons l’exemple fictif d’une SCI familiale, constituée par un couple et ses deux enfants majeurs, propriétaire d’une maison estimée à 600 000 euros dans laquelle vivent les parents. À la suite d’incidents de paiement, la banque a rendu exigible le solde du prêt de la société, soit 170 000 euros. La SCI doit par ailleurs 60 000 euros de factures de travaux et d’arriérés de charges. Aucune banque n’accepte de refinancer l’ensemble.

Les associés, réunis en assemblée, autorisent le gérant à vendre la maison en portage pour une durée de 24 mois, à 60 % de sa valeur, soit 360 000 euros. Les parents restant dans les lieux, l’indemnité d’occupation s’élève à 10 % par an du prix de vente, soit 72 000 euros payés d’avance pour les deux ans. Les honoraires, de 6 % TTC, représentent 21 600 euros. La SCI perçoit donc 266 400 euros nets, hors frais d’acte ; les frais de notaire, entre 2 % et 3 % du prix de vente, soit 7 200 à 10 800 euros, sont à sa charge. Après remboursement du prêt et règlement des dettes, soit 230 000 euros, et en retenant des frais de notaire de 3 %, il lui reste une marge d’environ 25 600 euros.

Bilan : au 18e mois, sa situation étant régularisée, la SCI obtient un nouveau prêt de 260 000 euros, que les associés complètent par 100 000 euros d’apports provenant de la vente d’un autre bien. Elle rachète la maison au prix de vente, soit 360 000 euros, auxquels s’ajoutent seulement les frais et loyaux coûts prévus par l’article 1673 du Code civil. L’indemnité des six mois non consommés lui est restituée, soit 18 000 euros. Le coût total de l’opération s’établit à 75 600 euros : 54 000 euros d’indemnité d’occupation consommée et 21 600 euros d’honoraires, hors frais d’acte. Si la SCI n’avait pas racheté, elle n’aurait dû aucune pénalité, mais elle aurait perdu la maison.

FAQ : Vos questions sur le portage immobilier d’un bien détenu en SCI

Une SCI peut-elle vendre son bien en portage immobilier ?
Oui. Une SCI propriétaire peut vendre son bien avec faculté de rachat comme le ferait un particulier, dès lors que le bien est situé en France et vaut au moins 300 000 euros. La particularité tient à la décision : elle doit être prise conformément aux statuts, ce que le notaire vérifie avant la signature.

Qui décide et qui signe l’acte : le gérant ou les associés ?
Le gérant signe l’acte au nom de la SCI, mais il ne décide généralement pas seul. Sauf pouvoir particulier prévu par les statuts, la vente du bien est autorisée par les associés, à la majorité que ces statuts fixent. Le notaire demande les statuts à jour et le procès-verbal de la décision.

Les associés peuvent-ils continuer à habiter le bien pendant le portage ?
Oui, c’est l’un des intérêts de l’opération. Leur maintien dans les lieux a pour contrepartie l’indemnité d’occupation, d’environ 10 % par an du prix de vente, payée d’avance par la SCI et restituée au prorata en cas de rachat anticipé. Cette indemnité est également due si le bien est loué à un tiers.

Que se passe-t-il si la SCI ne rachète pas le bien dans le délai ?
Il n’y a aucune pénalité ni indemnité supplémentaire. L’investisseur devient propriétaire définitif du bien et la SCI conserve la somme perçue à la signature. Elle a toutefois supporté l’indemnité d’occupation et les honoraires, et elle perd un bien vendu au plus 60 % de sa valeur. Le délai de rachat ne peut pas dépasser cinq ans au total.

Comment la SCI peut-elle financer le rachat ?
Par un nouveau prêt obtenu une fois sa situation régularisée, par la vente d’un autre actif, par des apports de ses associés ou par la revente du bien à un tiers, dont le prix sert alors à payer le rachat. Quelle que soit la solution retenue, elle doit être identifiée dès le départ et suivie pendant toute la durée du portage.

Conclusion : Synthèse et prochaines étapes

Pour une SCI propriétaire, le portage immobilier est un moyen d’obtenir des liquidités à partir d’un bien sans le céder définitivement : la société vend, les occupants restent, puis elle rachète au prix de vente. L’opération a un coût connu d’avance, composé de l’indemnité d’occupation, des honoraires et des frais d’acte, et ne comporte aucune pénalité en cas de non-rachat, mais elle fait courir le risque de perdre le bien. Sa réussite repose sur trois conditions : une décision régulière des associés, un calcul exact de la somme disponible et un financement du rachat préparé dès le premier jour, avec l’appui du notaire et de l’expert-comptable. Pour replacer cette opération dans une vision plus globale, il reste utile de revenir à la définition du portage immobilier, à son fonctionnement et aux étapes clés.

Gabriele Favale - Chargé de communication chez Alterfi, en charge de la stratégie de communication, de la création de contenus, du développement de la visibilité de l’entreprise et des relations médias.

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