Une vente à réméré, aussi appelée vente avec faculté de rachat, se déroule en sept étapes : bilan de votre situation et estimation du bien, choix de l’investisseur, négociation des conditions, rédaction de l’acte, signature devant notaire, période de rachat, puis rachat du bien ou fin du délai. Entre l’accord et la signature, il faut généralement compter 10 à 20 jours à Paris et 30 à 60 jours en province ; la faculté de rachat court ensuite pendant la durée convenue, cinq ans au maximum. Ce guide détaille chaque étape, les documents à préparer, les points à négocier, les sommes en jeu et les erreurs à éviter, avec un exemple chiffré.
En bref
- La vente à réméré se déroule en sept étapes : bilan et évaluation du bien, recherche de l’investisseur, négociation, rédaction de l’acte, signature chez le notaire, période de rachat, puis rachat ou fin du délai.
- À la signature, le vendeur perçoit le prix, diminué de l’indemnité d’occupation payée d’avance, des honoraires de 6 % TTC et des frais de notaire de 2 à 3 %.
- Le délai de rachat, de cinq ans au maximum, sert à réunir le prix de rachat, égal au prix de vente, sans majoration ni intérêts.
- Si le vendeur ne rachète pas dans le délai, la vente devient définitive et l’acheteur conserve la pleine propriété du bien.
Les sept étapes d’une vente à réméré, en un coup d’œil
La vente à réméré est une vente immobilière, prévue aux articles 1659 à 1673 du Code civil, dans laquelle le vendeur se réserve la faculté de racheter son bien pendant une durée fixée à l’acte. Voici l’ordre dans lequel l’opération se déroule :
- Le bilan : vous chiffrez votre besoin de liquidités et faites estimer votre bien.
- La recherche de l’acquéreur : vous identifiez un investisseur ou un intermédiaire spécialisé.
- La négociation : prix de vente, durée de la faculté de rachat, occupation du bien, frais.
- La rédaction de l’acte : le notaire met par écrit toutes les conditions convenues.
- La signature devant notaire : la propriété est transférée et les fonds sont versés.
- La période de rachat : vous réglez vos dettes et préparez le financement du rachat.
- Le dénouement : vous rachetez votre bien au prix de vente, ou le délai expire et l’acquéreur reste propriétaire.
Chaque étape conditionne la suivante. Une estimation sérieuse rend la négociation plus simple, une négociation précise rend l’acte plus clair, et un acte clair rend le rachat plus sûr.
L’évaluation de votre situation financière et de votre bien immobilier
Avant d’engager une vente à réméré, la première étape consiste à mesurer précisément votre situation financière et la valeur de votre bien. C’est elle qui permet de savoir si l’opération répond à votre besoin et si le rachat est réaliste.
Commencez par dresser la liste de vos dettes, de vos revenus et de vos charges. Déterminez la somme dont vous avez réellement besoin, en y intégrant les frais de l’opération elle-même : indemnité d’occupation, honoraires et frais de notaire. Posez ensuite la question décisive : avec quelles ressources rachèterez-vous le bien, et dans quel délai ? Le rachat peut être financé par un nouveau crédit, par la vente d’un autre actif, par une succession ou par la revente du bien à un tiers, que vous conduisez vous-même.
En parallèle, faites estimer votre bien par un professionnel indépendant. Dans une vente à réméré, l’investisseur achète le bien entre 42 % et 60 % de sa valeur : un bien estimé 300 000 euros peut ainsi être vendu 180 000 euros, puis racheté au même prix de 180 000 euros. Une estimation réaliste vous évite de surestimer la somme que vous percevrez et vous aide à anticiper les coûts et frais d’une vente à réméré.
Profitez de cette phase pour réunir les pièces de votre dossier : titre de propriété, diagnostics immobiliers, état des inscriptions et des crédits qui pèsent sur le bien, justificatifs de vos dettes et derniers avis d’imposition. Un dossier complet raccourcit l’étude et rassure l’acquéreur. Vérifiez aussi que votre situation entre dans le cadre de l’opération : le bien doit être situé en France et valoir au moins 300 000 euros. Notre page dédiée précise qui peut bénéficier d’une vente à réméré.
La recherche d’un acheteur ou d’un organisme spécialisé
Une fois le besoin chiffré et le bien estimé, il faut trouver l’acquéreur. Le choix de cet interlocuteur détermine les conditions de la vente : prix, durée de la faculté de rachat et modalités d’occupation.
Deux voies existent. Vous pouvez vous adresser à un intermédiaire spécialisé dans la vente à réméré, qui étudie le dossier, présente le bien à des investisseurs et accompagne le vendeur jusqu’à la signature. Vous pouvez aussi traiter directement avec un investisseur privé, ce qui demande davantage de vigilance sur les conditions proposées.
Dans les deux cas, privilégiez un interlocuteur qui détaille par écrit le prix proposé, la durée, le montant de l’indemnité d’occupation, les honoraires et les frais, et qui explique clairement ce qui se passe en l’absence de rachat. Écartez les propositions dont les frais ou les modalités de rachat restent flous, ainsi que celles qui prévoient un prix de rachat supérieur au prix de vente.
La négociation des conditions de la vente
La négociation fixe les droits et les obligations de chacun. Quatre points méritent une attention particulière.
Le prix de vente. Il se situe entre 42 % et 60 % de la valeur du bien. Le prix de rachat lui est égal, sans majoration ni intérêts : s’y ajoutent seulement les frais et loyaux coûts de la vente, prévus par l’article 1673 du Code civil. Il faut donc trouver un équilibre. Un prix trop bas réduit les liquidités perçues ; un prix plus élevé augmente d’autant la somme à réunir pour racheter, ainsi que l’indemnité d’occupation et les honoraires, qui se calculent sur ce prix.
La durée de la faculté de rachat. Elle ne peut pas dépasser cinq ans (article 1660 du Code civil). Les durées usuelles vont de 12 à 24 mois. Choisissez une durée cohérente avec le temps dont vous avez besoin pour financer le rachat : trop courte, elle vous met sous pression ; trop longue, elle alourdit l’indemnité d’occupation payée d’avance. Une prolongation reste possible par accord avec l’investisseur, dans la limite de cinq ans au total.
L’occupation du bien. Si vous restez dans les lieux, l’indemnité d’occupation représente environ 10 % par an du prix de vente. Elle est payée d’avance pour toute la durée convenue, par prélèvement sur le prix à la signature, et restituée au prorata si vous rachetez avant le terme. Vous n’avez donc rien à verser chaque mois. Cette indemnité est due aussi lorsque le bien est loué à un tiers.
Les frais. Les honoraires s’élèvent à 5 % HT du prix de vente, soit 6 % TTC ; ils sont à la charge du vendeur et ne sont dus que si l’opération se réalise. Les frais de notaire, entre 2 % et 3 % du prix de vente, sont également à la charge du vendeur. Faites préciser la répartition des autres charges liées au bien pendant la période de rachat.
Pour préparer cette discussion, consultez notre guide pour négocier les conditions d’une vente avec faculté de rachat et la liste des pièges à éviter dans une vente à réméré.
La rédaction du contrat de vente à réméré
Une fois les conditions arrêtées, elles sont mises par écrit. La vente immobilière se signe devant notaire : c’est lui qui rédige l’acte et qui s’assure que les conditions convenues y figurent sans ambiguïté.
L’acte doit mentionner au minimum :
- l’identité des parties et la désignation précise du bien ;
- le prix de vente et le prix de rachat, égal au prix de vente ;
- la durée de la faculté de rachat et la manière de l’exercer (forme de la notification à l’acquéreur, délai pour payer) ;
- le montant de l’indemnité d’occupation, son paiement d’avance et sa restitution au prorata en cas de rachat anticipé ;
- les conditions d’une éventuelle prolongation, dans la limite de cinq ans au total ;
- ce qui se passe à défaut de rachat : l’acquéreur reste propriétaire.
Avant la signature, le notaire procède aux vérifications d’usage sur le bien et sur votre titre de propriété. Demandez à recevoir le projet d’acte à l’avance et relisez-le avec lui, ou avec votre propre conseil. Une clause imprécise sur la notification du rachat ou sur la restitution de l’indemnité est la source la plus fréquente de désaccord par la suite.
La signature du contrat chez le notaire
La signature devant notaire donne à la vente sa pleine valeur. Le notaire lit et explique l’acte, répond à vos questions et vérifie que vous mesurez la portée de votre engagement, en particulier la durée de la faculté de rachat et les conséquences d’une absence de rachat.
À la signature, la propriété du bien est transférée à l’acquéreur et le notaire verse les fonds. Vous recevez le prix de vente, diminué de l’indemnité d’occupation payée d’avance, des honoraires (6 % TTC du prix de vente) et des frais de notaire (entre 2 % et 3 % du prix de vente). Lorsque le bien supporte un crédit ou des dettes garanties, leur règlement est organisé à cette occasion : faites le point avec le notaire sur la somme qui vous restera réellement.
La durée de la faculté de rachat commence à courir à compter de cette signature. Si vous restez dans les lieux, vous les occupez sans rien avoir à verser chaque mois. Pour comprendre la place de chacun à ce stade, voyez notre page sur le rôle du notaire et de l’acheteur dans une vente à réméré.
La gestion du délai de rachat et la préparation du rachat
La période qui suit la signature décide de l’issue de l’opération. Elle se prépare dès le premier jour.
Utilisez d’abord les fonds pour ce qui a motivé la vente : solder les dettes les plus urgentes, désintéresser les créanciers qui ont engagé une procédure, régulariser votre situation. Le remboursement des dettes permet ensuite de demander la levée d’un éventuel fichage, ce qui conditionne souvent l’accès à un nouveau crédit.
Construisez ensuite votre plan de rachat. La somme à réunir est connue dès la signature : c’est le prix de vente, augmenté des seuls frais et loyaux coûts de l’article 1673 du Code civil. Identifiez la source de financement (nouveau crédit, vente d’un autre actif, succession, revente du bien à un tiers conduite par vous), fixez-vous des échéances intermédiaires et engagez les démarches plusieurs mois avant le terme.
Si votre situation s’améliore plus vite que prévu, vous pouvez racheter par anticipation. L’indemnité d’occupation correspondant aux mois non consommés vous est alors restituée au prorata, ce qui réduit le coût total de l’opération. À l’inverse, si le terme approche sans solution, parlez-en tôt à l’investisseur : une prolongation est possible par accord, dans la limite de cinq ans au total. Le fonctionnement général de la faculté de rachat est détaillé sur notre page consacrée à la vente à réméré.
Le rachat du bien ou la fin du délai
À l’approche du terme, deux issues sont possibles.
Vous rachetez. Vous informez l’acquéreur de votre décision dans les formes et les délais prévus à l’acte, par écrit afin d’en garder la trace, puis vous payez le prix de rachat, égal au prix de vente, augmenté des frais et loyaux coûts de l’article 1673 du Code civil. Le rachat est constaté par le notaire. Vous redevenez pleinement propriétaire de votre bien.
Vous ne rachetez pas. Le rachat est une faculté, jamais une obligation. Si vous ne l’exercez pas dans le délai, l’acquéreur reste propriétaire. Vous ne devez aucune pénalité ni indemnité supplémentaire, mais vous avez cédé votre bien pour un prix compris entre 42 % et 60 % de sa valeur, et vous devez libérer les lieux si vous les occupiez. C’est le risque principal de l’opération.
Il existe une troisième voie, à préparer avant le terme : revendre vous-même le bien à un tiers, au prix du marché. Le prix de cette revente sert à payer le rachat, et la différence vous revient.
Exemple chiffré : le déroulement d’une vente à réméré sur 24 mois
L’exemple qui suit est fictif et sert uniquement à illustrer les étapes. Un couple possède une maison estimée 300 000 euros. Après un licenciement, il doit rembourser environ 100 000 euros de dettes et ne peut plus obtenir de crédit.
Étapes 1 à 4. Le bilan et l’estimation confirment la valeur du bien. Un investisseur propose un prix de 180 000 euros, soit 60 % de cette valeur, avec une faculté de rachat de 24 mois et un prix de rachat de 180 000 euros.
Étape 5, la signature. L’indemnité d’occupation, de 10 % par an du prix de vente, est payée d’avance pour les 24 mois : 36 000 euros prélevés sur le prix. Les honoraires s’élèvent à 10 800 euros (6 % TTC du prix de vente). Le couple perçoit donc 133 200 euros nets à la signature, hors frais d’acte ; les frais de notaire, entre 2 % et 3 % du prix de vente, représentent 3 600 à 5 400 euros.
Étape 6, la période de rachat. Le couple solde ses 100 000 euros de dettes et continue d’occuper la maison sans rien verser chaque mois.
Étape 7, le dénouement. Si le rachat intervient au terme des 24 mois, le couple paie 180 000 euros et le coût total de l’opération s’élève à 46 800 euros (36 000 euros d’indemnité d’occupation et 10 800 euros d’honoraires), hors frais d’acte. Si le rachat intervient au bout de 18 mois, grâce à un nouveau crédit, 9 000 euros d’indemnité lui sont restitués au titre des six mois non consommés : le coût total est ramené à 37 800 euros, hors frais d’acte.
Les erreurs à éviter à chaque étape
La plupart des difficultés tiennent à une étape traitée trop vite.
- Au moment du bilan : sous-estimer le coût réel. La somme perçue à la signature est nette de l’indemnité d’occupation, des honoraires et des frais de notaire ; elle doit couvrir la totalité de votre besoin.
- Au moment de choisir l’acquéreur : accepter une offre sans détail écrit des frais et du prix de rachat.
- Pendant la négociation : retenir une durée trop courte par souci d’économie, alors que le financement du rachat demande du temps.
- À la rédaction de l’acte : laisser dans le flou les modalités de notification du rachat, de restitution de l’indemnité ou de prolongation.
- Pendant la période de rachat : attendre les dernières semaines pour chercher un financement.
Le risque le plus lourd reste l’absence de rachat : le vendeur ne récupère pas son bien, vendu à un prix nettement inférieur à sa valeur. Il doit être examiné avant toute signature, avec un plan de rachat crédible et une solution de repli.
Avant de vous engager, prenez le temps de choisir votre interlocuteur : notre guide explique comment sélectionner un organisme de vente à réméré.
FAQ : vos questions sur le déroulement d’une vente à réméré
Combien de temps faut-il entre l’accord et la signature d’une vente à réméré ?
Le délai entre l’accord et la signature est généralement de 10 à 20 jours à Paris et de 30 à 60 jours en province. Il dépend aussi de la rapidité avec laquelle le dossier est réuni et l’estimation réalisée.
Quelle est la différence entre vente à réméré et vente avec faculté de rachat ?
Il n’y en a aucune : les deux expressions désignent la même opération, prévue aux articles 1659 à 1673 du Code civil. Les étapes décrites dans ce guide valent donc pour l’une comme pour l’autre.
Puis-je continuer à occuper mon bien après une vente à réméré ?
Oui, en contrepartie d’une indemnité d’occupation d’environ 10 % par an du prix de vente. Elle est payée d’avance pour la durée convenue, par prélèvement sur le prix à la signature, et restituée au prorata en cas de rachat anticipé.
Puis-je vendre à réméré un bien sur lequel un crédit immobilier est en cours ?
Oui. En pratique, le prix de vente sert d’abord à solder le crédit et les dettes garanties sur le bien, et vous percevez le solde. Le notaire établit ce décompte avant la signature : vérifiez avec lui que le prix suffit à couvrir l’ensemble.
Que peut-on négocier dans une vente à réméré ?
Le prix de vente, dans la fourchette de 42 % à 60 % de la valeur du bien, la durée de la faculté de rachat, dans la limite de cinq ans, et les modalités d’occupation. Le prix de rachat, lui, ne se négocie pas à la hausse : il est égal au prix de vente.
Le prix de rachat peut-il changer après la signature ?
Non. Il est fixé dans l’acte et reste égal au prix de vente, quelle que soit l’évolution de la valeur du bien ou le temps écoulé. S’y ajoutent seulement les frais et loyaux coûts prévus par l’article 1673 du Code civil.
Quels sont les frais à prévoir ?
Les honoraires (5 % HT du prix de vente, soit 6 % TTC, dus seulement si l’opération se réalise), les frais de notaire (entre 2 % et 3 % du prix de vente) et, si vous restez dans les lieux, l’indemnité d’occupation (environ 10 % par an du prix de vente). Tous sont à la charge du vendeur.
Que se passe-t-il si je ne rachète pas mon bien dans le délai ?
L’acquéreur reste propriétaire du bien et vous devez libérer les lieux si vous les occupiez. Vous ne devez aucune pénalité ni indemnité supplémentaire, mais vous ne récupérez pas votre bien.
Quelle est la fiscalité d’une vente à réméré ?
Elle dépend de la nature du bien et de votre situation personnelle. Ce point doit être examiné avant la signature avec le notaire ou avec votre conseil fiscal.
Conclusion : les clés pour réussir votre vente à réméré
Une vente à réméré se joue sur l’enchaînement de ses étapes. Chiffrez votre besoin en tenant compte de tous les frais, faites estimer votre bien, choisissez un interlocuteur qui écrit ce qu’il propose, puis négociez un prix et une durée compatibles avec votre plan de rachat. Faites relire l’acte avant de signer et préparez le financement du rachat dès la signature, sans attendre le terme. Menée dans cet ordre, l’opération vous donne le temps de régulariser votre situation et de récupérer votre bien ; mal préparée, elle peut aboutir à sa perte. Pour une vue d’ensemble du mécanisme, consultez notre page de référence sur la vente à réméré.


